Havre de paix enduit de nicotine
Enluminé de singles d'outre 60's
ondoyants autour de l'antre d'un juke-box
L'homme accroché au Graal de
verre de son paradis vineux
Repousse les flè ches du cadran
qui lacèrent son indolence
Et le jetteront tôt ou
tard sur le trottoir
Hors de sa bulle neigeuse,
sur le tapis roulant d'un futur hagard
Dehors des jambes cisaillent le
temps qu'aucune immobilité ne corrompt
La vie est une musique qu'improvise
l'humanité rendue à ses tâches
Quiconque ralentit le pas ou
bien s'arrête
Sort du tempo et se désaccorde en
dissonance nuisible
L'homme du havre se rêve pierre,
arbre, totem
Réfractaire à la chair insolente
Son avenir n'existe pas,
il est au présent incessant
Son passé est à mille verres de là
Son sou rire se veut murmure,
son murmure se veut sermon
Ses sermons sont des soliloques,
des paroles en loques
L'homme du havre est un disque rayé qui creuse le sillon
qu'il ne quittera plus jusqu'à s'y enterrer
Une tape dans le dos relance sa chanson,
couplet, refrain, couplet, pont, shunt
La voix s'amenuise dans
la rumeur de fond
Une autre pièce dans la
machine
Un autre verre dans le buffet et le sillon revient,
fêlure, re fuge anesthésique